Le houblon, expliqué simplement.
Tu ouvres une canette, ça sent la mangue à un mètre, et pourtant la bière n'est presque pas amère. Deux composés dans la même fleur expliquent ça, et tu le sentiras dès ta prochaine bière.



Tu ouvres une canette, ça sent la mangue à un mètre, et pourtant la bière n'est presque pas amère. Deux composés dans la même fleur expliquent ça, et tu le sentiras dès ta prochaine bière.

Quand un client me demande pourquoi sa bière sent la mangue, ma réponse tient souvent en trois mots : c'est le houblon. C'est vrai, et ça n'explique rien du tout, je le sais très bien en le disant. Voilà la version longue, celle que je n'ai jamais le temps de sortir. Trois choses à retenir, et tu liras une étiquette d'IPA sans avoir besoin de moi.
Le houblon transporte deux choses très différentes. D'un côté des résines amères (acides alpha), qui ne se dissolvent dans la bière que si on les chauffe longtemps. De l'autre des parfums, volatils : laisse-les une heure dans un liquide bouillant et ils partent avec la vapeur.
Ce n'est donc pas la quantité qui décide du résultat, c'est le moment où on l'ajoute. Tôt dans l'ébullition, on extrait l'amertume et on perd le parfum. Après ou pendant la fermentation, à froid, le parfum reste intact et l'amertume ne bouge presque pas. C'est ce que les étiquettes appellent le dry hop. Une NEIPA, c'est massivement du houblon à froid : nez de mangue et d'ananas, amertume douce. Une West Coast IPA fait l'inverse et assume une amertume franche, pin et agrumes. Même plante, deux mondes.
Ton verre te le dit tout seul : sens-le, bois une gorgée, compte trois secondes. Si le nez est énorme et que rien de mordant ne monte derrière, le houblon est arrivé à froid.
Ces parfums sont fragiles. Ils s'oxydent en quelques mois, alors que l'amertume tient beaucoup plus longtemps. Une IPA oubliée un an dans un placard ne devient pas plus amère, elle devient bancale : le fruit a disparu, l'amertume reste seule au milieu, sans rien pour l'équilibrer.
Deux leviers pour éviter ça. La date d'abord : compte trois à quatre mois sur une bouteille, jusqu'à un an sur une canette bien conservée. Et surtout le froid, qui compte au moins autant que la date. Une bière rangée au frigo ne bouge quasiment pas, la même posée dans un placard tiède perd son fruit bien plus vite. Bonne nouvelle, nous conservons toutes nos bières en chambre froide pour être certain que la bière arrive fraîche dans ton frigo.
Si tu veux te rendre compte de ce que ça change, prends deux canettes identiques, mets-en une au frigo et l'autre dans le placard, et ouvre-les côte à côte six mois plus tard. La différence est plus brutale que ce que tu imagines.
Il existe des centaines de variétés et chacune a sa signature, un peu comme un cépage. Citra tape dans les agrumes et le fruit de la passion, Mosaic dans le tropical avec un fond herbacé, Cascade dans le pamplemousse. On les assemble comme un parfumeur compose : une variété pour le nez, une autre pour le fond.
Au passage, si tu trouves que ça sent parfois la weed, tu n'hallucines pas : le houblon et le cannabis sont de la même famille botanique. Cousins germains. Ouvre un sac de houblon frais dans une pièce fermée et le livreur repartira convaincu qu'on brasse en écoutant Bob Marley.
Le réflexe utile : quand une bière te plaît vraiment, retiens la variété citée sur l'étiquette. Tu la retrouveras chez d'autres brasseurs, et tu sauras à quoi t'attendre avant même d'ouvrir.
L'Alsace produit la grande majorité du houblon français, autour de Brumath et du Kochersberg, et ça ne date pas d'hier. Le Strisselspalt y pousse depuis plus d'un siècle, avec son côté floral et herbacé.
Plus amusant, ce que la recherche alsacienne a sorti depuis : le Barbe Rouge, obtenu ici à partir de variétés locales, donne des notes de fraise et de fruits rouges. Un houblon qui sent la fraise, à trente minutes de la brasserie. On le travaille justement sur notre Liberté, égalité, IPA, 100 % houblons alsaciens. Soyons clairs, ces variétés n'ont pas la puissance aromatique des américaines et ne jouent pas dans la même catégorie. Elles sont plus fines, plus florales, et c'est justement ce qui les rend intéressantes à travailler.
Houblonnage, fraîcheur, variété. Avec ces trois-là tu peux décoder à peu près n'importe quelle bière houblonnée qu'on te sert, et surtout comprendre pourquoi celle d'hier soir t'a plu.
Nos IPA sont datées sur la canette et conservées en chambre froide à la brasserie, tu peux vérifier. Choisis la tienne à la boutique.
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